Internat de Bonne Nouvelle (2ème volet).

Nous nous distinguions des Externes par le port d'un uniforme: chemisier blanc, tailleur-jupe bleu marine et chapeau de paille gansé de marine en été; manteau de drap bleu marine et chapeau de feutre assorti en hiver.

Nous étions pensionnaires tous les jours de la semaine, Samedi compris: nous avions classe toute la journée.

Le Dimanche matin, nous étions levées aux aurores. Nous allions communier à 6 heures 30 avant de prendre notre petit-déjeuner. Puis, après avoir fait nos lits, nous assistions à la Grand-Messe de dix heures. La matinée s'achevait par une heure d'étude jusqu'à midi.

En début d'après-midi, nous devions encore assister aux Vêpres à l'église de Lambézellec. Puis, le reste du temps était dévolu aux visites des familles que Mère Marie accueillait, debout au milieu de la cour. C'était l'occasion d'échanger notre linge sale contre du propre.

DISCIPLINE AVANT TOUT.

Le Dimanche soir, la Mère Supérieure et toutes les enseignantes faisaient leur entrée dans le réfectoire: aussitôt, nous nous levions toutes en silence. Si l'une des enseignantes avait un quelconque motif de mécontentement envers l'une ou l'autre d'entre nous, la réprimande s'avérait sévère et publique! La sanction, elle, était immédiate (privation de sortie le Jeudi, jour hebdomadaire de congé à l'époque) et efficace! : nous n'avions, en effet, droit qu'à un seul Jeudi par mois pour rentrer chez nous, auprès de nos proches!

Il faut rappeler qu'en ce temps-là, la discipline était stricte et présente à chaque moment de la vie scolaire: l'aumônier Louarn passait une fois par semaine, dans chaque classe, et sermonnait celles qui n'avaient pas été "sages" (il avait la liste des noms!).

Puis, comme chaque soir de la semaine, venait le temps des prières, les bras en croix: si l'une ou l'autre d'entre nous, fatiguée, baissait quelque peu le bras, la religieuse le lui relevait immédiatement à l'aide d'une badine!

Nous dormions alors dans le dortoir au premier étage du bâtiment situé à gauche du pavillon central, veillées par Mère Marie depuis l'alcôve de rideaux blancs au fond de cette grande salle commune.

Puis nous avons dû migrer vers la maison de l'aumônier près de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle (démolie en 1973) lors de l'occupation de notre dortoir par les Français puis par les Allemands.

Chaque soir, accoudés à la fenêtre du 3è étage de l'une de ces maisons, bâties sur pilotis, qui bordaient la rue Auguste Kervern, face à la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle, mon oncle Joseph et mon cousin Henri attendaient patiemment le moment où nous traverserions le parc pour me faire signe et me gratifier d'un large sourire, témoignages précieux, pour une enfant, d'affection familiale.

Nous n'avions pas le droit de lire, le soir, dans la maison de l'aumônier. Je me souviens encore du sermon de Mère Marie qui nous avait surprises à réviser notre leçon du lendemain sur les antiquités égyptiennes!

QUELQUES POINTES DE GOURMANDISES.

J'ai évoqué le droit de sortie, un Jeudi par mois. Les autres Jeudis donnaient lieu à un rituel immuable: le matin, nous révisions nos leçons puis les Soeurs distribuaient à chacune un petit morceau de cire et le reste de la matinée était consacré à l'entretien des parquets.

L'après-midi était réservé à une promenade avant de retourner à l'étude du soir. Parfois, l'automne venu, nous partions à pied jusqu'au bois de Keroual ramasser des châtaignes. Nous remplissions de grands sacs, chaque sac étant placé entre deux bâtons afin d'en faciliter le transport au retour. Notre satisfaction lors de la dégustation des châtaignes cuisinées par Mère Angélique n'en était que plus grande.

Nos papilles gustatives se régalaient également des cerises et des groseilles que nous chapardions dans le verger des Soeurs, derrière l'école (Boulevard Léon Blum) comme la fois où, débusquées par Mère Véronique, celle-ci se contenta de nous manifester son mécontentement d'un geste de la main, épargnant ainsi aux jeunes gourmandes la redoutée privation de sortie du Jeudi.

De même, lors de l'occupation de l'école par les troupes françaises, un soldat (pâtissier de son état) confectionnait des pâtisseries qu'il vendait aux Internes pour quelques "sous": j'ai encore l'eau à la bouche au souvenir d'un savoureux cornet de crème à la vanille.

Par contre, les poireaux à la sauce blanche n'avaient pas le même succès. La salle des Fêtes, sous la chapelle de l'école (Accueil), reconvertie en réfectoire pour les Internes lors de l'Occupation, nous profitions de l'absence momentanée de Mère Marie ou de Mère Angélique, parties en cuisine chercher du pain ou de l'eau et contraintes, pour cela, de traverser la cour, pour nous débarrasser des poireaux en les faisant passer le long d'une buse jusqu'à l'extérieur par la porte, dorénavant murée, mais encore bien visible, sous les regards médusés de quelques passants!

La vie à l'Internat, quoique stricte, émaillée de joies et de peines (je me rappelle les cours de musique et le porte-chant que l'on transportait d'une classe à l'autre et que l'on posait sur le bureau; je me souviens avoir pleuré sur le dessin d'un "petit Breton", chacune de mes larmes détrempant davantage la figurine!) réservait ainsi quelques moments d'agrément.