Mathilde, auxiliaire de la Défense Passive à Brest en 1940... (suite )

Article paru dans " La lettre de Brest-Centre "n°8

Décrivez-nous votre quotidien pendant le Siège de Brest : Du 14 août au 18 septembre, nous étions tous regroupés sur le centre-ville. Nous vivions dans les sous-sols, dans les caves des immeubles encore debout et la cuisine était au sous-sol de la galerie Saluden. Les cuisines fonctionnaient encore. Je travaillais toujours à Recouvrance mais j’apportais la recette quotidienne à la maison-mère, le lycée de Brest (actuelle banque de France). Il y avait là, nous,  les caissières et des cuisinières (il fallait éplucher les pommes de terre, cuisiner). On avait aussi un abri place Wilson, côté rue du Château, près des Carmes mais les allemands qui avaient déjà leur QG (abri Wilson-Suffren) sur cette même place, finirent par l’occuper tout entier ! On avait pris des lits à la quincaillerie Le Joncour, rue Traverse (face à Saluden) pour les descendre dans les caves Le Joncour et y dormir. Le 16 septembre, menacés par l'’incendie de Le Joncour, nous voilà réfugiés dans les caves Esders (magasin de vêtements, rue d’Aiguillon, entre Wilson et Siam).
Quels souvenirs marquants gardez-vous des Siègistes (habitants) de l’abri Sadi-Carnot ? On les voyait trois fois par jour au début, lorsqu’on leur apportait leurs repas : les médecins Drs Gay et Lafolie, les sœurs de l’Assomption. Tous les gens encore à Brest, étaient regroupés dans l’abri. A un moment donné, on ne pouvait plus leur préparer qu’un repas par jour. On ne pouvait plus sortir au-delà du monument aux morts donc on avait des problèmes d’approvisionnement. Le 7 septembre, le maire, Victor Eusen est descendu bavarder avec Mr Prévosto et les autres personnes présentes. J’ai monté les marches et j’ai vu le RP Ricard qui lisait son bréviaire rue Traverse : je n’ai pas osé l’inviter à se joindre à nous ! Le 11 septembre, au matin, Léon Déniel, parti chercher notre café, a été tué, au retour, rue Traverse, par un obus américain. Je lui ai retiré son alliance pour la remettre, plus tard, à sa femme. Mon père et d’autres personnes, lui ont fabriqué un cercueil avec des planches et du zinc récupérés sur les immeubles avoisinants. Son cercueil est resté longtemps avec nous.
Quel souvenir du 18 septembre 1944

? Nous attendions les américains. Nous savions qu’ils étaient déjà là, au-delà du monument aux morts. Ce jour-là, mon père et Mr Derrien, employé du Gaz, ont confectionné un drapeau dans un drap blanc et l’ont hissé en haut des marches de l’abri Wilson pour indiquer que nous étions français et sans armes. Je me souviens d’un jeune soldat allemand, 18 ou 20 ans, tué rue d’Aiguillon. Il m’était familier car je le voyais régulièrement dans le quartier, avec ses congénères et cela m’a émue.