Pendant le Siège : 7 août 1944 - 7 septembre 1944.

Compte-rendu d'un entretien avec  Paul CARQUIN.

Quand la guerre s'est déclarée, j'avais 16 ans. A 18 ans, on recevait un fascicule de Réquisition pour nous intégrer dans la Défense Passive (DP). On m'avait transféré dans le service des pompiers de Brest dont mon père était Officier. Le poste se trouvait à St Martin rue Bruat dans l'école de La Providence, réquisitionnée, des obus ayant traversé la toîture de notre caserne (un vieux garage rue Michelet). Dès le début de l'Occupation, des affichettes, rédigées en allemand, avaient été apposées sur la porte de notre appartement, 10, rue d'Aboville à St Michel, indiquant «Officier pompier français. Ne pas entrer». A chaque alerte, ma mère et ma soeur restaient à la maison et moi, j'accompagnais mon père. Les hommes ensemble, les femmes ensemble !
Aussi ai-je fait toute la guerre, comme pompier, pendant l'Occupation à Brest. Au moment du Siège, le 7 août 1944, il fut décidé que les pompiers descendraient avec le Maire de remplacement de la DP (Victor Eusen, Maire de St Pierre-Quilbignon), qui avait quitté la Mairie pour la sécurité de l'abri Sadi Carnot et y avait créé un bureau, pour être en contact direct. Nous nous sommes installés à la sortie de l'abri, côté Tourville, nos engins sur le trottoir. L'abri n'étant pas agencé, ne disposant pas de local, nous dormions à même le sol ou, de préférence, dans nos véhicules (plus confortables!). Nous entreposions notre matériel (3 ou 4 km de tuyaux) dans la partie où les Allemands placeront plus tard leurs munitions. Nous avons passé les deux matinées du 7 et du 8 dans des voitures équipées de haut-parleurs à faire de la diffusion à la population. Par la suite, on intervenait tous les jours après le début des bombardements. J'avais un «laissez-passer spécial pompier» valable jusqu'à 23h, sauf intervention, mais on n'en faisait pas la nuit en raison du trop grand risque.
Les 13 et 14 août vint l'évacuation totale de la ville. Les Allemands ont signifié au Maire l'occupation de l'abri côté Tourville, l'autre partie, côté Carnot,  restant aux civils. Ils ont voulu nous déplacer avec les civils, ce que nous refusâmes car nous n'aurions plus eu accès à notre matériel. Comme mon père et moi savions que des marins-pompiers français étaient restés dans l'Arsenal, nous avons contacté le Commandant M*. On nous a alors octroyé une alvéole dans cet abri, face au quartier Keravel, non loin de Tourville (deux bassins à traverser) donc proche de notre matériel. De retour à Carnot, nous en avons informé le Maire.
Au soir du 14 août, les marins-pompiers sont intervenus sur le feu de l'église St Louis : un des leurs, nommé R*, 23 ans, a été tué net sur le parvis par les Allemands alors qu'il s'avançait pour éteindre l'incendie. Ce soir-là, nous avons été appelés pour des civils : avec un brancardier, j'ai récupéré un jeune agent de police tué passage Marcellin Berthelot. Une autre équipe s'est chargée d'un civil, lui aussi tué secteur Siam.
A partir du lendemain, 15 août, jour où nous avons évacué Carnot pour l'abri de l'Arsenal, nous avons eu plus de travail. On aurait dit que c'était la mise à feu : les Allemands ont incendié tous les immeubles autour de la Place Wilson,  redoutant des francs-tireurs dans les étages pendant leurs allées et venues car leur Etat-Major était installé dans l'abri Wilson (l'entrée se trouvait entre la Dépêche, futur Télégramme, et l'ancien kiosque, le souterrain allant jusqu'à la rue Suffren, donnant aussi rue Louis Pasteur). Nous, on a fait la part du feu. On a essayé d'éteindre les incendies mais sans trop insister car on nous mettait aussitôt la mitraillette sur le ventre si bien qu'on a encerclé le quartier pour éviter la propagation du feu, plaçant des tuyaux, par rangées de 20 m, de la Porte Tourville jusqu'à la Poste et la quincaillerie Péron, plus bas que l'Hôtel Moderne (Océania) et puisant de l'eau sur les Glacis (Place de la Liberté) près du Théâtre, dans une citerne que les Allemands nous obligèrent à remplir à nouveau. A Sadi Carnot, environ une semaine avant le drame, nous avons installé, avec les marins-pompiers, 80 hamacs fournis par la Marine, qui furent, tous, tout de suite pris!
Depuis l'occupation allemande de la partie Tourville, le 15, le Maire n'était pas tranquille en raison de la présence de munitions dans l'abri et de l'absence de contact avec les pompiers : ni téléphone (ligne directe) ni électricité. Interdiction de circuler le soir ou la nuit. Mon père proposa de lui adjoindre un garde de 19h à 7h, ce qu'il accepta. Puis vint le 8 septembre. . .  
Prochain numéro : 9 septembre - 18 septembre